Vers une nouvelle vie : Pourquoi je quitte Grenoble

Depuis plusieurs mois, je ne me sens plus à ma place dans ma ville : trop de bruit, trop de stress, trop de violence, trop de pollution, un rythme de vie bien trop rapide… J’ai d’abord cru à une petite période de moins bien, liée à ma 30ième année fraîchement franchie. Après tout, j’avais tout : un appartement à moi, un travail stable, un conjoint merveilleux et des projets plein la tête… Mais cela n’a pas suffit à me faire me sentir mieux : Je ne me sens plus bien dans mon appartement, mon travail – alimentaire – me frustre et mon salaire est tout bonnement dégueulasse. je ne sors presque plus en ville car la délinquance qui l’a engloutie me rend malade. Résultat des courses : je suis aigrie et constamment angoissée. Petit à petit, mon aigreur à fini par contaminer mon conjoint qui se mit à ressentir les mêmes angoisses, la même aversion pour la ville. Nous étions de plus en plus malheureux, mais nous restions pour son travail qui lui convenait, qui était dans son domaine et sa situation nous offrait une stabilité non négligeable. Nous restions aussi pour notre appartement malgré tout. Nous l’avions acheté en 2018… Nous ne pouvions pas décemment le revendre un an et demi après.

Et puis il y a eu ce jour de février, où nous avons lâché prise. Nous avons pris LA décision de notre vie, dans la cuisine, entre deux casseroles en ébullitions et un vidage de lave-vaisselle :

– Doonette, on se barre ?
– Ah si seulement ! j’en meurs d’envie !
– Je suis sérieux! Si tu es prête, on quitte tout, et on s’installe dans les Vosges!
– Banco!

À ce moment précis, j’ai perdu environs 10 kilos sur mes épaules, dix kilos de charge mentale, d’anxiété, de mal-être : le changement de vie laissait place au champ des possibles !

Grenoble : la ville de toutes les promesses

Il faut tout d’abord recontextualiser ma venue à Grenoble. En 2010, après une difficile année en Haute Ecole de stylisme modélisme à Bruxelles, je me rendis définitivement compte que l’Histoire de l’Art me passionnait, et surtout que c’est un des seuls domaines dans lequel j’étais réellement douée. Malheureusement, je n’aimais pas l’archéologie et peu d’universités ne proposaient cette matière qu’en option. Parmi celles-ci : le campus de Grenoble. D’un côté cela m’arrangeait car mon copain de l’époque partait faire ses études dans cette ville; et d’un autre côté, j’avais un affreux souvenir de la visite du campus que j’avais faite au lycée : il faisait gris, très froid, et tout ce béton me fichait le bourdon. L’amour prenant le pas sur la raison, je m’inscrivis donc à l’Université Pierre Mendès France, en licence d’Histoire de l’Art à la rentrée de septembre.

Isère-Sud | Grenoble/Saint-Martin-d'Hères : blocage sur le domaine ...
Le béton et la grisaille du campus. source : liberations.fr

Ce fut finalement une révélation : je découvrais une ville écolo au centre architectural très joli, entourée de montagne plus ou moins hautes dans lesquelles on pouvait gambader. Mes études me passionnaient, j’avais un chouette groupe d’amis, et je vivais les soirées étudiantes les plus folles qui soient.

Le CEA avait installé dès les années 1950 un groupe à Grenoble pour travailler sur les composants informatiques.
Le centre ville, l’Isère et Belledonne. Source : Shutterstock

J’avais eu un véritable coup de foudre pour Grenoble.

Je me souviens qu’au cours de mes premiers mois dans la ville, lorsque je prenais le tramway et que je voyais ce décors digne de celui des bouteilles d’eau Evian, j’avais une formidable montée d’adrénaline. Pour la première fois dans ma vie, j’étais bien dans ma ville, je me sentais chez moi. Ce ne fut pas le cas de mon copain de l’époque : l’amour s’en est allé et moi je suis restée.

Les années ont passé, rythmées par les vernissages, les match des Brûleurs de Loups, les examens, les mémoires, les expositions auxquelles je participais comme musicienne expérimentale, les fêtes, les voyages, les randos, les concerts, les amours, les amis… Je rencontrai ainsi, celui qui devint l’homme de ma vie, validai avec brio mon master d’Histoire de l’Art, puis celui de Sociologie de l’Art et rentrai difficilement mais sûrement dans le monde du travail. Pour moi, il était inconcevable de vivre ailleurs, même si la délinquance et le trafic de drogue, déjà bien présents en 2010, se faisaient de moins en moins timide au sein de la ville.

Nous nous sommes pacsés et avons décidé d’acheter notre premier appartement proche du centre, dans un immeuble Art Déco. Le genre d’appartement qui ferait rêver n’importe quelle personne ayant une sensibilité artistique : les moulures côtoient une restauration contemporaine, le parquet de chêne est d’époque, pas de vis à vis et une cage d’escalier presque autant réputée que le garage hélicoïdal ( presque.. ^^).

Je devins ainsi officiellement Grenobloise.

Une dégradation considérable de la qualité de vie

Je dois dire que dès le début, certaines choses m’insupportaient quand même, et si je ne devais en citer qu’une ce serait : la chaleur qu’il fait dans cette ville bétonnée l’été. seuls ceux qui ont vécu un été grenoblois, avec deux mois à plus de 40° et 35° dans l’appartement, peuvent comprendre ce ressenti. La canicule en campagne, c’est tout à fait autre chose. Là, en plus de griller comme un poulet au four, vous suffoquez dans les pics de pollution, et Grenoble, en tant que capitale du béton armée, est bourrée d’architectures qui emmagasinent la chaleur de la journée, pour la diffuser avec tout autant de brutalité la nuit. Je me souviens même d’une fois, où, sortant de la bibliothèque climatisée, la touffeur était telle que j’en ai eu le souffle coupé, et les semelles de mes baskets ont littéralement fondu en l’espace de quelques minutes. Je ne pensais même pas que cela était possible! Puis, petit à petit, j’ai observé la décadence de la ville. tout d’abord au niveau culturel : les budgets de plus en plus restreints, donnaient des situations grotesques, comme l’exposition, trois années consécutives, des dessins de la réserve du musée de Grenoble – une fois ça va, mais trois….-, les musées n’embauchaient plus, où peu et de manière précaire. Ainsi mes collègues ayant effectué des masters spécialisés dans le domaine muséal se retrouvaient au vestiaire ou en remplacement d’un petit congé, payés au smic. Pourtant, on a retrouvé quelques événements merveilleux au cours de cette décennie : La construction de la Belle Electrique, qui permet de voir de grands artistes se produire, mais aussi la venue de Giuseppe Penone, celle de Miss. Tic, ou Shepard Fairey, qui a orné la ville de plusieurs fresques et collages de son crew Obey. D’ailleurs, heureusement que le Street Art Fest existe encore, sans quoi la ville serait réellement glauque!

Le passage de Shepard Fairey à Grenoble fut pour moi une sorte de consécration, en tant qu’historienne de l’art! Et hop : Selfie Groupie 🙂


Ensuite, le coût de la vie, et notamment des transports en commun – la TAG – qui sont, au fil du temps devenus presque aussi chers que la RATP pour un service à une ampleur tout de même moindre (passé 25 ans, on se voit payer 60€ pour 30 jours de transports, 2.60€ un ticket d’une heure si on le prend dans le bus ou sur son téléphone… (alors que c’est tout de même plus écologique que le ticket papier qui coûte un euro de moins sur les bornes dédiées….). Les supérettes de quartiers aussi, ont subit une inflation (et la COVID 19 n’a pas aidé), les loyers sont devenus scandaleux pour des logements souvent vétustes, et nous ne parlerons même pas du prix du stationnement.

Enfin, et nous atteignons ici le cœur du problème, Grenoble qui était réputée pour son agglomération tendue en terme de délinquance, s’est vue peu à peu gangrenée par celle-ci, provoquant chez moi, un horrible sentiment d’insécurité. Peu importe où tu te promènes, et ce que tu fais, tu es témoins de nombreuses scènes de violence, de dégradations ou de trafic de drogue qui sont réellement usants au quotidien. On ne dort qu’en pointillés, réveillés par des olibrius qui dégomment des voitures, volent, se battent, hurlent avec la musique à fond. Les gens se garent sur les passages piétons, les trottoirs, en double ou triple files devant les PMU et les tabacs. Les scooters roulent sur les trottoirs etc. On se fait exploser les boîtes aux lettres au quotidien – peu importe le quartier encore une fois! – et cambrioler par des merdeux de 15 ans à peine… les journaux regorgent chaque jours de faits d’armes, de meurtres, de rixes, de suicides…

D’ailleurs, le jour où nous avons pris la décision de partir, peu avant en rentrant du boulot à 17h, j’ai été bloquée par la police qui menottait et fouillait un homme. ce dernier détenait un flingue à l’arrière de son pantalon…. Autre exemple, pas plus tard qu’hier après-midi, quatre jeunes ivres mort et sans permis ont percuté une voiture de touristes sous nos fenêtres et sont sortis hystériques en les menaçant de tout, et surtout, de leur exploser la figure….alors on appelle la police, et on porte plainte, on fait des dépositions encore et toujours, avec de plus en plus de lassitude….

Mais peut-être mon entourage et moi sommes nous trop sensibles puisque le maire ne cesse de clamer haut et fort que nous sommes dans une « métropole apaisée » (vous trouverez même une sculpture à l’entrée de la ville sur le pont de Catane, délivrant ce message… Ce même pont où deux jeunes ayant volé un scooter et étant poursuivis par la police, se sont tués.).

Grenoble a été laissée à l’abandon, et chacun agit selon son bon vouloir, qu’il soit bon ou mauvais.

UN JOUR ORDINAIRE DANS LA VILLE APAISÉE... - Grenoble Le ...
Eric Piolle vers le pont de Catane, devant l’emplacement de la future sculpture  » Métropole apaisée ». Sources grenoble-le-changement.fr

Alors je m’adresse directement à vous Monsieur le Maire, en me faisant, je pense, porte-parole d’une multitude de citoyens : Non, Grenoble n’est pas apaisée; non, la métropole n’est pas apaisée. On en a marre de subir tout cette agressivité au quotidien! Êtes-vous seulement conscient que la ville est devenue tellement violente qu’on la surnomme Chicago-sur-Isère ? Personnellement, cela ne m’amuse pas, car c’est une réalité. Oui, vous avez mis en place des actions écologiques très intéressantes (quoi que souvent un peu trop adressés aux classes élevées…après la gauche caviar, l’écologie pour riche.), comme les pistes cyclables, les bacs à compost, la propagation de l’énergie solaire, le réaménagement des espaces vert avec fauchages raisonné etc…, mais lorsqu’on est maire d’une ville, on ne peut pas se cantonner à agir sur une seule thématique. Il faut aussi protéger ces citoyens, les écouter, les entendre, et agir sur tous les fronts! Vous savez pertinemment que le trafic de drogue gouverne toute la ville! On ne peut même plus marcher 10m sans sentir une odeur de joint. Pourquoi n’agissez-vous pas ? Vous êtes dans votre tour d’argent, bien loti et abrité, à toiser la population comme un tamanoir au dessus d’une fourmilière…et vous faites l’autruche sur tous ces problèmes, car ils ne vous intéressent pas. Vous n’en avez que pour votre image, votre petite personne et vos utopies bobo-écologiques. Et quand les gens s’interrogent, sollicitent la municipalité sur les réseaux sociaux ( puisqu’il n’y a visiblement plus que ce moyen pour tenter quelque chose), vous donnez l’ordre de « laisser pisser » ou de ne pas répondre! Bravo ! C’est bel et bien digne d’un maire, un acte très responsable et réfléchi. Je n’ai jamais autant regretté une élection que la vôtre, et j’espère de tout cœur, pour ceux qui restent, que vous ne serez plus à nouveau à la tête de cette pauvre ville dans 5 ans, car vous n’en êtes pas digne!

#ericpiolle #mairiedegrenoble #villedegrenoble #grenoblemétropole

Je quitte cette ville sans regrets, avant de finir transpercée par une balle perdue, ou poignardée pour un refus de donner une cigarette. Nombreux sont ceux qui ont déjà franchis ce cap et je sais que nombreux sont ceux qui feront de même.

Et pourtant, putain, qu’est-ce que je l’ai aimée cette ville !

Un vrai retour à la nature et à la sérénité

Pour notre survie physique et mentale, nous avons donc choisi les Vosges. pour mon conjoint, c’est un retour aux sources, puisqu’il est originaire du département. Pour moi, c’est un rêve de gosse : le petit chalet dans la forêt, entouré de sentiers de randonnée, le petit potager, la cueillette des champignons et l’observation de la voûte céleste les nuits d’été.

Ce choix nous l’avons aussi fait pour retrouver une qualité de vie, tant de l’air que du calme, mais aussi un rythme plus simple, moins électrique, en adéquation avec nos personnalités respectives.

Alors oui, ce sera une ambiance radicalement différente, et peut-être moins épanouissante d’un point de vue culturel – bien que Metz, Strasbourg, Épinal et la frontière allemande offrent de magnifiques musées et des foires aux livres; et que Gérardmer accueille chaque année le Festival International du Film Fantastique – , avec d’autres défauts, des montagnes moins hautes et un fort éloignement de tous mes repères, mais nous avons déjà un entourage amical et familial, de même que des spécialités culinaires délicieuses, et des spots de randos à tir larigot…

Et puis je préfère de loin ce choix là, que de rester condamnée à vivre dans la peur et l’anxiété. Je préfère un exil plutôt que de subir une population frelatée.

Au moins là-bas, je serai libre et épanouie.

Sources vosges.fr

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