Београд mon amour

Cet été, j’ai voulu marcher dans les pas de ceux que j’adule depuis plusieurs années : Marina Abramović , Goran Bregovic ou encore Emir Kusturica. Cet été, c’était décidé : j’irai, avec ou sans monsieur, visiter Belgrade. Le jour de réserver mes billets, ma moitié s’est finalement décidé à me suivre dans l’aventure Serbe, et il n’a pas été déçu.

Belgrade est de loin, la ville la plus attachante et fascinante que j’ai pu visiter, devant Berlin, et même devant New York. Notre plus beau voyage.

Avant toute chose, je voulais préciser qu’il n’existe qu’une sorte de guide papier pour la Serbie et pour Belgrade, chez Le Petit Fûté. Mais très honnêtement, je ne vous le recommande que si vous souhaitez visiter les institutions où se regroupent les rares touristes (ce qui est du coup un peu dommage…), des lieux convenus et qui selon moi, manquent souvent de charme. Aussi, si j’ai un reproche à faire à ces guides ( tant celui sur la Serbie que celui sur Belgrade), c’est qu’il manque de précision… n’escomptez par exemple pas y trouver aucune indication de transport pour vous rendre à un musée. Il faudra vous débrouiller avec l’appli hasardeuse des transports Belgradois, et les dits transports, encore plus hasardeux – nous reviendrons plus loin sur le sujet-. Nous avions l’habitude de fonctionner avec les guides Lonely Planet (les parcours alternatifs – cf. mon article sur Berlin.) ou encore Routard, et bien vraiment Le petit Fûté, nous ne le reprendrons pas.

Tout est authentique dans cette ville, en grande partie parce qu’elle n’est pas touristique, mais aussi parce que les belgradois savent vivre sans courir, sans panique, sans se soucier de ce qui se passera demain, parce que cette ville est à l’instar des films de Kusturica ou de la musique de Bregović : un joyeux bordel où se mêlent les maisons de maître, les édifices délabrés par le temps et les guerres, ainsi que les bâtiments brutalistes, fierté des autochtones. Tout s’enchevêtre, se casse la gueule, les restos se dénichent dans des cours intérieures d’immeubles, les chats errent sans errer à chaque coin de rue, les toits sont tout sauf droits,les publicités en cyrillique vont jusqu’à recouvrir des pants entiers de murs et les rues se croisent et s’entrecroisent dans des effluves de parfum, de cigarette et de pots d’échappements. Belgrade est aussi la ville la plus bruyante que j’ai pu arpenter. « Belgrade ne dort jamais » avais-je lu avant mon départ : je confirme. Tout le monde parle fort, klaxonne, les bus font un boucan pas croyable, la musique hurle de chaque petite échoppe. Cela ne dérange personne. Moi qui, à Grenoble, ne supporte aucun bruit, j’ai paradoxalement adoré le brouhaha de Belgrade. En y réfléchissant un peu j’ai compris pourquoi : À Belgrade, tout se fait dans le respect et la volonté de vivre heureux, là où en France, on fera du bruit « pour faire chier ». Alors tout le monde fout son petit bordel, et tout le monde s’en contente. La notion de respect est ainsi très différente de chez nous, et c’est une des choses qui m’a le plus plu.

D’ailleurs la Serbie, ou du moins Belgrade, n’est pas dans la « culture du pardon » comme nous. Le mot « pardon » ou « excusez-moi » ne semble pas exister dans le dictionnaire. On se fait bousculer, on bouscule : personne ne s’excuse et personne ne râle. IMPENSABLE DANS NOTRE CHER PAYS!

On se laisse vivre, on se laisse glisser, on s’en fout, et surtout : on y prend goût!

Une villes aux multiples facettes

En ce qui concerne la structure, on prend d’abord conscience que la ville a plusieurs villes. IL ne s’agit pas vraiment d’une « agglomération belgradoise », mais de villes dans la ville. C’est assez inexplicable et incompréhensible.

Il y a Belgrade, la vieille ville, celle qui fait chavirer votre cœur tellement elle est sublime, celle qui vous tire les larmes aux yeux quand vous y repensez, celle qui grouille et que je dépeignais un peu plus haut.

La photographie la plus représentative de Belgrade : le chaos romantique
La crypte de Sainte Sava, la plus grande Cathédrale Orthodoxe du monde.

Il y a ensuite Novi Beograd, nouvelle ville, plus que jamais brutaliste, avec ses bloks, la Genex Tower, les vieux hôtels du temps de la Yougoslavie et ses immenses axes routiers. Du pain béni pour les passionnés de photographies urbaines ou d’Urbex. Un genre de banlieue qui mêle, comme au centre ville, toutes les couches sociales de la population belgradoise. Tout le monde à la même échelle.

Blok 63

Il y a Zemun, qui évoque plus Chat noir, chat blanc. Un petit village qui s’étale le long du Danube, avec son sol pavé, ses jolis bâtiments d’influence hongroise, et son odeur de poisson. C’est peut-être la partie de Belgrade qui m’a le moins transcendée. Même si l’on retrouvait les rues délabrées et les beaux bâtiments, cela avait des allures de village touristique. Et pourtant, nous n’y avons croisé qu’un seul petit groupe de touristes.

On se croirait volontiers dans « Chat noir, chat blanc » non ?

Chat noir, chat blanc

Belgrade est aussi une ville à chat. Peu importe ou vous regardez, il y a des chats – principalement des chats noirs d’ailleurs – qui traînent. Au départ, nous avons cru à des chats errants. Puis nous nous sommes tout d’abord aperçus que ces chats étaient plutôt dodus pour la grande majorité, et surtout qu’ils étaient câlinés et nourris toute la journée, ce qui en fait des chat hyper avenants, heureux et sociables ! Ce sont en quelque sorte « les chats de la ville ». Je me souviens d’ailleurs d’un chat noir qui faisait sa sieste à l’angle d’une rue, à coté d’un « shop & go ». Chaque client qui sortait lui faisait une petite caresse ou lui donnait une friandise. Surtout les hommes d’ailleurs. Les chats de Belgrade se laissent cajoler, et viennent se frotter contre vous, plutôt que d’avoir peur et de prendre la fuite, comme le ferait n’importe quel chat de rue.

Le chat noir du Shop & Go

Dans la cour de l’appartement que nous louions, il y avait au moins 5 ou 6 chats. Dans le lot, il y avait Miaouvić ( nous l’avions rebaptisé comme ça), qui nous faisait penser à notre Léonard, et qui était un peu devenu « notre chat » pour les vacances. Chaque matin et chaque soir, il nous attendait en ronronnant et nous faisait plein de câlins, jusqu’au jour de notre départ, à 5h30 du matin….

Des transports d’un autre temps, une pratique d’un autre monde

Pour revenir sur l’aspect bordélique de Belgrade, il se trouve aussi dans les transports en commun. Les bus datent des années 90 ( archives de l’INA pour témoins !!) et les tramways ont bien 20 ans de plus…Mais cela ajoute un certain charme à l’ensemble. Des bus trop récents auraient dénoté. En revanche, les transport sont avant tout et surtout totalement déconnants et va de paire avec le côté non-stressé des habitants. On vous dit que votre bus arrive dans 3 minutes ? Vous pouvez aller boire un café, il ne sera pas là avant au moins 30 minutes. On vous dit que votre tramway s’arrête à cet arrêt ? Ah! il a décidé en cours de route de changer d’itinéraire… Au début ça fait grogner, car perdre une après-midi dans des bus à tourner bêtement dans la ville c’est pénible, puis au bout d’un moment, ça vous fait rire, et vous vous prêtez au jeu.

Nous sommes allé visiter la ville de Novi Sad, au nord du pays – ville qui, soit dit en passant, n’a pas grand intérêt – . Le bus devait mettre 50 minutes par l’autoroute selon les indications du guide papier et du site internet…. Nous nous sommes retrouvés dans un vieux taco des années 70, avons roulé au maximum à 50 km/h et sommes passés par TOUS les bleds situés entre Belgrade et Novi Sad. La raison ? Le chauffeur a déposé chaque passager jusqu’à l’endroit qu’il voulait et même jusque chez lui…. oui oui, vous avez bien lu !! Nous avons alors passé 2h30 sur les routes. L’avantage est que nous avons vu du pays!

Trg Slobode – Novi Sad
Novi-Sad

Au retour, nous avions un bu récent et confortable, de même que le chauffeur a pris l’autoroute. Nous étions ravis, car nous voulions dîner à Belgrade le soir même. C’était sans compter le fait que notre cher bus est tombé en panne à Zemun (Heureusement que nous étions presque arrivés d’ailleurs ! Je n’ose même pas imaginer ce que ça aurait été dans un petit village ou personne ne parle autre chose que le Serbe…) Bref.

Gare routière de Novi Sad

Le Bordel des transports est allé jusqu’à l’aéroport. Du jamais vu. Lorsque nous sommes arrivés pour notre vol retour, le hall était blindé de deux énormes files de personnes…. Il n’y avait que deux guérites pour le contrôle sécurité. Dans un aéroport de capitale. oui oui. Mais le plus drôle, c’est que même notre avion était à la bourre, et je vous passe l’embarquement des plus cocasses.

Cevapcici, poivrons blancs et baklavas

Se restaurer à Belgrade est un moment particulier que vous pouvez aisément ne faire qu’une fois dans la journée. Et pour cause : les restaurants sont très, très, très copieux. C’est d’ailleurs une caractéristiques que nous avions déjà constatée à Cracovie et Budapest. À l’Est, on mange et surtout de la viande ! Par exemple, à Novi Sad, pour une cote de porc aux légumes commandée j’en ai eu une deuxième gratuite dans mon assiette !! Et j’avais déjà calé à la fin de mon grignotage apéritif…En revanche, là où la Serbie se distingue de la Pologne et de la Hongrie, c’est sur le pourcentage de gras qu’il met dans chacun de ses plats. Cela est d’autant plus dingue que les belgradois semblent être plutôt soucieux de leur apparence et les hommes ont même une allure athlétique…

Toujours est-il que : si vous aimez la viande – , la charcuterie, le fromage et toute autre forme de gras : Venez en Serbie:).

Il y a deux spécialités culinaires qui font la fierté de la ville : les Cevapcici ( petits rouleaux de bœuf et de porc servis avec du pain pita) et les poivrons blancs…. Ces seconds se consommes soit en assaisonnement dans un plat, soit directement en salade ou farcis. Je tiens à le préciser car de notre vie, nous n’avons jamais mangé quelque chose de plus piquant ! Même le piment oiseau, à côté, peut clairement aller se rhabiller ! Une bouchée d’un tout petit bout nous a anesthésié la bouche pendant une heure et a eu un effet euphorisant assez inattendu ! Un excellent souvenir, avec un résultat du plus bel effet lorsqu’on ne s’y attend pas:) Il avaient l’air si inoffensifs avec leur blancheur juvénile ces petits poivrons…

Le Burek ( il porte bien son nom…) : pâte philo, fromage serbe ( qui ressemble beaucoup à la féta grecque), oeuf, beurre… De quoi être calé pour la journée !

Les restaurants courent les rues, mais les meilleurs sont très souvent dans des coures intérieures d’immeubles, sans aucune indication. Il faut donc demander, pour dénicher ces petits coins de paradis semblables aux beer garten berlinois (cf. mon article sur Berlin). Notre plus belle table fut trouvée dans le restaurant Tri, qui propose des plats principalement à base de légumes, frais, et avec une carte de vins et de desserts à tomber. Mention ++ pour la musique, une selection électronique alternative qui en fait perdre la tête à mon Shazam ! ^^

Je suis par ailleurs tombée en pâmoison sur les pâtisseries, très semblables aux pâtisseries grecques et orientales (Leur spécialité est d’ailleurs le Baklavas), mais pas que ! Les pâtisseries Serbes regorgent de gourmandises colorées et crémeuses ( pas caloriques pour un sou;)) à laquelle on succombe facilement !. D’ailleurs, « le café/pâtisserie » est un moment privilégier de l’autochtone. En effet, à l’heure du goûter, tous les établissements sont blindés de gens en after work qui se plaisent à se détendre autour d’un Kafa traditionnel, d’une glace ou d’une belle douceur sucrée au miel. Les serbes aiment vivre et prendre le temps de se faire plaisir. Je dois avouer que ce sont des pauses que nous nous sommes souvent octroyées au cours de notre séjour. Mes papilles et mon estomac en gardent d’excellents souvenirs ! Humainement parlant, c’est toujours l’occasion d’échanger avec les locaux, et de se délecter de l’extraordinaire gentillesse des hommes.

Belgradois, Belgradoises

Cela m’amène au dernier point que je souhaitais soulever dans cet article : les belgradois sont des gens fabuleux, au contraire (oui, je suis navrée de le dire) de leurs pendants féminins. Peut-être est-ce dû au patriarcat dominant dans le pays ? Quoi qu’il en soit, nous n’avons jamais été mal accueils par un homme, bien au contraire. Nous avons toujours pu communiquer, et même les plus âgées faisaient l’effort de bredouiller quelques mots d’anglais. Le serbe est un homme souriant et rayonnant, le type d’être humain qui vous réchauffe le cœur jusqu’au trognon (pour reprendre Louis de Funès dans la Soupe aux Choux). Les femmes sont un peu à l’instar de celles dépeintes dans l’autobiographie de Marina Abramović : austères, sèches et même agressives. Lorsqu’elles tiennent un commerce, n’attendez ni un bonjour, ni un sourire : cela n’arrivera jamais ! Mais ne le prenez pas personnellement, je pense clairement qu’il s’agit d’un trait de caractère « culturel » si je peux m’exprimer ainsi… Parfois, elles prendront les devants agacées devant votre égarement dans une rue ou devant votre tas de dinars, vous aideront en lâchant le plus accablant des soupirs, mais elles le feront et sans jamais manquer de respect. Nous n’avons eu affaire qu’à deux femmes sympathiques tout au long de notre séjour : Une petite mamie qui nous a escortés jusqu’au fameux restaurant Tri, et une jeune fille qui nous a expliqué en Anglais, que notre bus en provenance de Novi Sad venait de tomber en panne.

Enfin, dans un tout autre registre, les serbes, hommes comme femmes, sont extrêmement patriotiques, mais pas de la Serbie, de la Yougoslavie! C’est comme s’ils refusaient ce nouveau nom et cette nouvelle organisation. Partout dans la ville, on voit écrit « yougoslavia » ou « Jugoslavjia ». Chose encore plus intéressante, les serbes sont nostalgique du temps où gouvernait Tito, et sont restés très admiratifs de celui qui fut pourtant un dictateur ! Cela aussi, d’ailleurs, je l’avais lu dans l’autobiographie de Marina Abramovic. L’instant le plus cocasse fut lorsque nous avons demandé notre chemin à un homme, pour nous rendre au musée de la Yougoslavie. Il nous a regardé un instant et nous a dit  » aaaaah, Tito’s museum!! »… Et en effet, le dit musée retraçait principalement le parcours politique du maréchal, et se succédaient dans les salles : ses costumes, les cadeaux qui lui avaient été faits, ses décorations et honneurs, ses correspondances et photographies avec différents chefs d’états, ses effets personnels et même sa tombe et celle de sa femme, dans un gigantesque mausolée fraichement fleuri… Dans la boutique souvenir ? Des cartes postales Tito, des cartes à jouer Tito, du linge de maison Tito…. Je n’ai pas souvenir que la France ait une fois fait ça avec un de ses présidents, même pas avec De Gaulle….

Je recommande d’ailleurs ce musée à tous les ferrus d’histoire, et les « yugonostalgiques » comme ils disent : Il est fabuleux et très ludique !

Cela fait maintenant deux semaines que je suis revenue de cette prodigieuse ville ( et oui, les adjectifs qualificatifs fusent, mais il m’est impossible de faire sans en parlant de Belgrade) et je crois encore y être. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps lorsque notre avion a quitté le sol, puis lorsque je suis retournée dans la réalité grenobloise.

Je vous recommande d’ailleurs les logements d’Uros, via Booking… Nous y avons passé un merveilleux moment ! Uros et Mladen sont des hôtes délicieux 🙂

Je n’ai pour l’instant plus qu’une playlist en écoute, celle que je me suis façonnée avec les différentes musiques entendues sur place, avec du Goran Bregovic, et avec en tête, le dernier SebastiAn, « Beograd » – sorti quelques mois avant notre départ ! – qui est selon moi, la meilleure traduction musicale de cette ville. Les bits de clubs se mêlent à un côté funk désuet et à des sonorités profondément slaves, pour donner tout ce qu’est Belgrade : une ville festive, une ville marquée par le passé, une ville des Balkans.

SebastiAn – Beograd, album Thirst (sortie prévue le 08 novembre 2019). Le clip a été réalisé en collaboration avec So Me et se déroule parmi les lieux les plus intéressants de la ville : le stade Tashmajdan, le blok 63, la tour Genex… De quoi faire verser sa larme à un nostalgique.
Goran Bregović – So nevo si – (audio) – 2002
Chupchick (Live, Thessaloniki / 1997)
By night… Le souvenir de cette vue le soir, de la fenêtre de notre chambre, m’émeut toujours…

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